L’expérience de l’alternance

C’est la deuxième année que je travaille avec quelques CFA, Centres de Formation d’Apprentis, sur la question de la prévention des ruptures de contrats d’apprentissage.
Les motifs de ruptures peuvent être multiples, mais mon intervention cible uniquement les causes qui sont en relation avec les situations de travail.
Quels outils peuvent être mis en place pour prévenir le risque de rupture ? Est-il possible de l’anticiper ?

Le contrat d’apprentissage est souvent le premier contrat de travail, qui marque le début d’une vie professionnelle. Les jeunes adultes vont faire l’expérience de trois “dimensions” qui sont inhérentes à toute situation de travail :

  • C’est d’abord la découverte du “monde des services”, le monde de l’emploi, qui est le socle de toute relation entre l’entreprise et ses clients. Ces services à rendre ne sont pas gratuits, ce qui permet à l’entreprise d’exister et de rémunérer son personnel.
    Les jeunes adultes devront prendre conscience que toute l’organisation de l’entreprise (ses moyens humains, ses horaires, ses aménagements…) est pensée en fonction du type de services qu’elle s’est engagée à rendre à ses clients.
    Et très vite, les jeunes adultes prendront également conscience qu’ils sont eux même dans une relation de service avec les autres. “Rendre un service pour d’autres et avec d’autres”.
    Les autres ? Ce seront des collègues de travail qu’ils n’auront pas choisi et qui vont entrer dans une nouvelle catégorie relationnelle. Ils vont passer beaucoup de temps auprès d’eux, sans qu’ils soient forcément des amis ou des proches.
    Comment se comporter avec eux ? Comment accepter tous ces efforts pour satisfaire la demande d’un client ? Quel sens personnel donner à ce “système” souvent extérieur à eux ?… C’est tout un monde de questions et d’expériences qui s’ouvre à eux.
  • Les jeunes adultes vont également découvrir une multitude d’efforts qu’ils devront faire sur eux même pour être “à la hauteur” du travail qui leur est demandé. C’est la dimension des “efforts au travail”. Ces efforts sont extrêmement variables et dépendent autant du milieu de travail que de leurs propres dispositions internes. Ce sont des efforts physiques, des efforts de régularité, des efforts de comportement, des efforts relationnels, des efforts d’attention, de concentration… L’effort demandé sera variable en fonction des personnes. Pour certains, par exemple, le fait de rester debout toute la journée et tous les jours, dans un même lieu, va demander un effort très important. Pour d’autres, non. Cette dimension est donc très subjective.
    Et l’acceptation de cet effort est directement reliée au sens qui lui est donné. En faisant du sport par exemple, chacun est prêt à faire des efforts sur soi. Mais cet effort est choisi, ce qui n’est pas toujours le cas au travail, qui est quelquefois plus subi que choisi.
  • La troisième dimension est celle du métier. Car pour rendre un service de qualité, en travaillant avec d’autres et en faisant des efforts sur soi, il faut également apprendre à maitriser un certain nombre de tâches du métier. Cet apprentissage peut être plus ou moins long. Il se fera en entreprise mais également au centre de formation. Souvent, les jeunes adultes sont déçus par les tâches qui leur sont confiées en entreprise et qui relèvent plus du service à rendre aux autres qu’à l’apprentissage de tâches de métier. Celles-ci sont souvent réalisées par les professionnels confirmés et il faudra du temps et de la confiance mutuelle pour qu’elles soient confiées à l’apprenant.

Voilà quelques pistes qui permettent de rechercher les causes d’une situation de travail mal vécue. Je propose aux CFA qui travaillent avec moi sur cette action d’expérimenter un outil, sous forme de questionnaire, qui permet de déceler les difficultés qui peuvent être reliées à l’une ou l’autre de ces trois dimensions.

Mais l’outil n’est qu’un indicateur. Lorsque les risques de ruptures sont repérés, il faut agir vite, avant qu’il ne soit trop tard. Et pour agir, il faut se déplacer sur le lieu de travail. “Aller y voir” de plus près. Comprendre le contexte. Questionner les contraintes du milieu de travail pour ensuite entendre et croiser les points de vue. Point de vue du jeune adulte, qui n’a pas forcément raison, mais qui a toujours ses raisons…, point de vue du maître d’apprentissage et point de vue de l’enseignant.

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